Premier trimestre : l’anxiété silencieuse dont personne ne parle

Premier trimestre : l’anxiété silencieuse dont personne ne parle

Le premier trimestre… et cette injonction à se taire

On parle souvent de la magie et de la beauté de la grossesse.
Beaucoup moins de la réalité du premier trimestre : une période bouleversante, incertaine, souvent vécue dans le silence le plus complet.

On ne dit rien parce que “c’est trop tôt”.
On ne dit rien parce qu’on a peur.
On ne dit rien parce qu’on ne sait même pas comment on se sent.
Et paradoxalement, c’est précisément durant ces premières semaines que les symptômes, l’angoisse et la fatigue sont les plus intenses.

C’est un peu comme devoir gravir une montagne… sans pouvoir prévenir personne qu’on est en train de glisser.

Quand le corps parle avant la tête : mon premier mois silencieux

Pour ma part, j’ai découvert ma grossesse presque un mois après son début.
Et c’est peut-être ça, le plus déroutant : ce premier mois, je n’ai rien ressenti. Pas de tension, pas de douleur, pas de nausée. Rien.

Juste une fatigue inhabituelle qui s’est installée sur les derniers jours.
Fatigue que j’ai directement attribuée… à une rechute de ma fibromyalgie.

Entre le SOPK, les cycles irréguliers et l’absence de symptômes, je n’étais pas inquiète.
Trois jours de retard ? Rien d’exceptionnel.

Le test, je l’ai fait un peu “par acquis de conscience”, presque en me disant qu’il déclencherait mes règles.
Mais deux minutes plus tard, deux traits.
Et un monde qui bascule sans prévenir.

Deuxième mois : la chute, brutale

C’est là que tout a changé.
Ce deuxième mois a été pour moi un véritable effondrement physique et émotionnel.

Je ne tenais plus debout.
Je passais mes journées allongée.
Le moindre effort me vidait de toute mon énergie.
Et tout ça, sans parler des douleurs physiques : un corps qui change, qui tire, qui souffre.

Et quand j’arrivais à me lever, les nausées prenaient le relais.
Les vomissements se sont invités vers la fin du deuxième mois… et ne m’ont pas lâchée avant le troisième.

Je devais manger toutes les deux heures pour éviter de vomir — et ce n’était même pas mes aliments habituels.
Mon corps ne voulait que du sucré, de l’industriel, ce qui restait le plus simple à avaler.

Je n’étais plus moi.
Je survivais.
Jour après jour.

La tempête émotionnelle : anxiété, larmes, rechute

Et puis il y avait tout le reste.
Ce que personne ne voit.
Ce qui ne se dit pas, mais qui dévore.

J’étais sous antidépresseur avant ma grossesse.
Ma psychiatre et moi avions commencé une diminution, en vue d’un projet bébé… qui est finalement arrivé plus vite que prévu.
Quand j’ai appris ma grossesse, j’ai arrêté. Net.

Et quelques semaines plus tard, j’ai plongé.

Je pleurais tous les soirs.
Je ne dormais presque plus.
Je faisais des cauchemars terrifiants.
Je parlais même d’interrompre ma grossesse parfois.
Pas parce que je ne voulais pas cet enfant, mais parce que je n’allais pas bien du tout.

C’était une période extrêmement difficile pour mon mari et moi.
Je m’accrochais à ce bébé que j’aimais déjà si fort… mais qui ne me permettait pas d’aller bien.

C’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel :
Je n’aimais pas du tout la grossesse.
Et c’est ok. J'ai mis du temps à le comprendre.

Les phrases qui blessent… même dites avec bienveillance

Pendant que je vivais tout ça, j’entendais…

“Ce n’est qu’une mauvaise passe.”
“Tu verras, le deuxième trimestre c’est la lune de miel.”
“T’es enceinte, pas malade.”

Des phrases qui se veulent rassurantes.
Mais qui ne font qu’accentuer le fossé.
Comme si je n’avais pas le droit de souffrir.
Comme si tout était dans ma tête.
Comme si je n’étais pas assez “bonne enceinte”.

Alors que si.
J’étais enceinte.
J’étais malade.
Et j’avais le droit de le dire.

J’ai même vomi dans le cabinet de ma sage-femme pendant la T1.
C’était ça, ma réalité.

Deuxième trimestre : enfin respirer

Et puis le deuxième trimestre est arrivé.
Les vomissements ont fini par disparaître.
Les nausées se sont espacées.
Je pouvais enfin me réalimenter normalement.
Enfin presque... Pour le coup, je n'avais plus du tout faim.
Je pouvais enfin… souffler.

Et pourtant, les angoisses du premier trimestre, elles, sont restées un peu plus longtemps.
Ces questions sourdes :

Est-ce que je vais y arriver ?
Est-ce que c’était une bonne idée ?
Pourquoi je ne suis pas heureuse comme les autres ?
Pourquoi je me sens coupable d’avoir du mal ?

Parce que personne ne nous prépare à ça.
Parce que le premier trimestre est un secret partagé entre soi… et ses peurs.

Si tu es dans ton premier trimestre aujourd’hui, lis ceci :

Tu as le droit :

🧸 d’être heureuse et terrifiée en même temps,

🧸 de ne pas avoir de symptômes,

🧸 d’en avoir beaucoup trop,

🧸 de ne pas aimer être enceinte,

🧸 d’être dépassée,

🧸 de pleurer,

🧸 d’avoir peur,

🧸 d’être fatiguée moralement et physiquement,

🧸 de demander de l’aide.

Tu n’es pas fragile.
Ce n’est pas “dans ta tête”.
Tu n’es pas un problème.

👉 Tu vis un bouleversement total, hormonal, émotionnel et physique.

Et ta valeur de future mère n’a absolument rien à voir avec ton premier trimestre.

Chaque femme, chaque grossesse est différente, mais ce n’est jamais toi, le problème

Ce que j’ai compris, c’est que :

La grossesse n’est pas une expérience uniforme.
Ce n’est pas parce que c’est difficile que tu seras une mauvaise mère.
Ce n’est pas parce que tu souffres que tu n’aimes pas ton bébé.
Ce n’est pas toi le problème. Jamais.

Parler du premier trimestre, briser le tabou, partager nos réalités…
C’est aussi ça, accompagner les femmes.
C’est aussi ça, se soutenir entre nous.
C’est aussi ça, se préparer à la maternité : en vérité, pas en façade.

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